La Responsabilité sociale vue par les étudiants et les jeunes diplômés
Le monde académique est interpellé par les questions de responsabilité sociale, sociétale, environnementale des entreprises dans son champ d’intervention : la formation initiale et continue des décideurs et futurs décideurs. Mais qu’en pensent les étudiants et jeunes diplômés. Quelle est leur perception de la finalité des entreprises, quelle est leur sensibilité sur ces questions de responsabilité sociale, comment réagissent-ils face à certaines situations ? Ce sont les questions que nous leur avons posées au moyen d’un questionnaire en ligne. Ce projet conduit en partenariat avec AUDENCIA Ecole de Management et avec la participation de plusieurs écoles de la région nantaise a permis de recueillir plus de 450 réponses.
L’enquête en ligne réalisée entre 14 mars et le 30 avril 2005 s’est adressée aux étudiants et jeunes diplômés des écoles nantaises : Audencia, Ecole des Mines, Université - Faculté des Sciences Économiques et de Gestion et IAE, École Centrale, École supérieure du Bois, ICAM et le CESI. Elle avait pour objectif de mieux cerner la perception de ce public sur les questions de responsabilité sociale des entreprises et des cadres.
465 réponses ont été exploitées : 215 étudiants, 212 cadres en activité et 38 jeunes diplômés demandeurs d’emploi, 60% d’hommes et 40% de femmes, se répartissant selon les filières suivantes : 39% en Ecole de management, 22% à l’Université et l’IAE et 21% en École d’ingénieurs. Les cadres en activité ayant répondu à l’enquête exercent majoritairement des fonctions d’experts, de chefs de projet ou de cadres fonctionnel. Ils travaillent majoritairement dans le secteur privé et dans des entreprises de plus de 1000 salariés.
Le critère de choix de leur premier emploi ou d’une mobilité privilégie la nature du travail, des missions. Leur perception de la finalité d’une entreprise exprimée sous la forme de 5 mots positifs permet d’isoler trois visions de l’entreprise : une vision classique (développement, croissance, création de valeur et d’emplois), une vision opérationnelle (production de biens et services de qualité pour leurs clients) et une visions très orientée vers les relations humaines (épanouissement personnel, reconnaissance et réussite sociale). Exprimée sous la forme de 5 mots négatifs, cette perception met l’accent sur trois aspects distincts : les excès de la seule et pure logique financière à court terme, la faible considération de l’humain et les effets négatifs des choix des entreprises sur l’emploi et l’environnement.
La filière académique d’origine est très structurante de la nature des réponses aux différentes questions, beaucoup plus que le statut d’étudiant ou de jeune diplômé en activité. Dans l’approche positive, la vision classique de l’entreprise est davantage ancrée parmi ceux qui sont issus de la filière universitaire et parmi le public des étudiants ; la vision opérationnelle parmi ceux qui sont issus de la filière des écoles d’ingénieurs et parmi le public des cadres en activité ; et enfin, la vision « École des relations humaines » prédomine pour la filière écoles de management et le public des cadres fonctionnels.
Dans l’approche négative, la classe « excès de la seule logique financière » rassemble majoritairement le public des ingénieurs, celle de la « faible considération de l’humain » celui des cadres en activité issus de la filière École de Management et la classe "effets négatifs sur l’emploi et l’environnement" celui des étudiants de l’Université.
Ils sont 60% à avoir déjà entendu parler de responsabilité sociale des entreprises, soulignant ainsi les efforts réalisés par les écoles et l'Université qui abordent le sujet aujourd’hui plus que par le passé, même si beaucoup reste à faire. Ils matérialisent cette responsabilité par l’écoute des salariés, la formation et le maintien de l’emploi, mais également la lutte contre la pollution, le respect des normes environnementales, le développement économique local, l’insertion.
L’entreprise est d’abord responsable vis-à-vis de ses salariés, estiment-ils majoritairement, puis les clients et les actionnaires. Les salariés, parties prenantes de l'intérieur, ont la préférence des réponses pour les étudiants et la filière universitaire. Les ingénieurs mettent en avant les clients et les cadres en activité, les actionnaires. 48% considèrent que cette responsabilité est l’affaire du dirigeant et 35% l’affaire de tous.
Améliorer son image, satisfaire ses obligations règlementaires sont les réponses les plus citées concernant les motivations de l’entreprise pour adopter des pratiques responsables. La sanction positive d’une fiscalité attrayante est préférée au dispositif contraignant par la loi ou la réglementation, dans un environnement où rentabilité financière, contraintes économiques ou logique de court terme pèsent fortement sur les choix des entreprises. Ce sont avant tout les systèmes de pilotage des activités de l'entreprise et les systèmes de management sous-jacents qui conditionnent la promotion ou non des pratiques socialement responsables des entreprises.
L’enquête invitait les étudiants et jeunes diplômés à se prononcer sur leurs attitudes face à six situations pratiques : harcèlement moral, risque d’accident du travail, pollution de rivière voisine par l’entreprise ou un sous-traitant, pratique de corruption que la hiérarchie demande de taire et embauche d’une personne handicapée. La nature même de la situation détermine la réponse, témoignant d’un grand pragmatisme dans les réponses. La recherche du compromis et l’alerte des interlocuteurs ad’hoc correspondent aux choix multiples les plus cités. Le refus toutefois arrive en tête des réponses si on leur demande de taire une pratique de corruption.
Ils considèrent que la formation ne les prépare pas suffisamment à aborder ces questions dans l’entreprise et comptent d’abord sur eux-mêmes pour mieux s’y préparer mais également sur l’entreprise dès lors que celle-ci leur propose des solutions concrètes : échanges de bonnes pratiques, projets, conférences, formations.
Les résultats détaillés seront également valorisés dans un guide hors série du magazine Alternatives Economiques à paraître en septembre sur le thème de la responsabilité sociale des entreprises.
La CFDT Cadres et Audencia Ecole de Management, en lien avec les écoles participantes, ont souhaité donner un prolongement à ces travaux au cours du second semestre 2005. Le support de présentation des résultats utilisés au cours du colloque du 4 juin 2005 à Nantes pourra également être valorisé dans le cadre d’initiatives auprès d’autres écoles en lien avec équipes fédérales ou régionales CFDT et le soutien de Alternatives Économiques.